Un avion bombardier d'eau Air Tractor AT-802F procède à un largage sur un incendie de forêt près de San Martin de Valdeiglesias, à environ 70km à l'ouest de Madrid, le 26 juillet 2026 ( AFP / Cesar MANSO )
Les pompiers français et espagnols affrontent dimanche un "orage de feu" et de gigantesques incendies qui ont forcé plus de 325.000 personnes à fuir, près de Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, où les flammes sont à 15 km de l'agglomération, mais aussi dans plusieurs régions espagnoles.
La région de Bordeaux fait face à un redoutable "pyrocumulonimbus" appelé "orage de feu" : la chaleur intense monte en colonne et rencontre des masses d'air plus froides au sommet, "avec une auto-combustion de tout ce qui passe sur son chemin. Des éclairs se forment à l'intérieur, qui attaquent les braises au sol et continuent à alimenter l'incendie", explique le lieutenant-colonel Éric Brocardi, porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers.
Ce phénomène touche plutôt des pays comme le Canada ou l'Australie mais est très rare en France.
L'incendie massif en Gironde, sur la côte atlantique française, a rapidement progressé dans la nuit et a parcouru à ce jour 42.000 hectares (quatre fois la superficie de Paris). Il brûle désormais "à 15 kilomètres" de la métropole bordelaise (850.000 habitants), mais une évacuation de la ville n'est "pas à l'ordre du jour", a réaffirmé son maire Thomas Cazenave.
Dans la région bordelaise, réputée dans le monde entier pour son vignoble, il est "très probable" qu'il s'agisse de l'opération d'évacuation de civils la plus importante jamais menée en France, hors conflit, selon le gouvernement. Le feu figure déjà parmi les plus importants répertoriés en France depuis la Deuxième Guerre mondiale.
Des personnes évacuées en raison des incendies hébergées dans un gymnase à Villamanta, près de Madrid, le 26 juillet 2025 ( AFP / JAVIER SORIANO )
Dans cet incendie qui a embrasé les pourtours du très touristique bassin d'Arcachon, quelque 220.000 personnes ont été évacuées depuis mercredi.
Pourtant certains ne veulent pas quitter leur maison, comme Sébastien Piquet, un ancien militaire de 50 ans, qui vit depuis 20 ans dans la commune du Barp.
Des personnes évacuées en raison des incendies hébergées dans un gymnase à Villamanta, près de Madrid, le 26 juillet 2025 ( AFP / JAVIER SORIANO )
"Je suis peu inquiet, assure-t-il. Ma femme et mon fils ont évacué mais moi je reste parce que je veux pouvoir aider mon beau-frère qui a un chenil avec 60 chiens, s'il faut les évacuer".
"S'ils ne veulent pas partir, on prend leur nom, leur adresse et leur numéro de téléphone et si ça devient critique, on reviendra", expliquent les troupes de la gendarmerie mobile.
Une fumée orangée obscurcissait le ciel de Bordeaux au lever du jour et l'odeur de brûlé atteignait les rues.
Situation "très défavorable"
Au Porge, entre la station balnéaire chic du Cap Ferret et Bordeaux, les images aériennes de l'AFP témoignent de la violence du feu : des rangées de maisons ravagées, des voitures carbonisées et des bâtiments entièrement détruits.
Dans le département voisin des Landes, où le feu est "mie
Plan aérien de véhicules calcinés après un incendie de forêt sur la commune de Le Porge, en Gironde, le 26 juillet 2026 ( AFP / Florian PLAUCHEUR )
ux contenu mais pas fixé", il y a déjà eu 30.000 évacuations.
"La situation demeure très défavorable" sur le front des incendies en Gironde, mais aussi dans les Landes et le Var (sud-est), a affirmé le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.
Des sapeurs-pompiers de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris se reposent à Marcheprime, à l’ouest de Bordeaux, le 26 juillet 2026, alors qu’un incendie de forêt ravage la forêt au nord du bassin d’Arcachon (Gironde) depuis le 22 juillet ( AFP / ALAIN JOCARD )
Une inquiétude renforcée par les prévisions météorologiques. Une nouvelle vague de canicule s'annonce et les pompiers approchent d'un "impossible opérationnel", explique le lieutenant-colonel Éric Brocardi.
Dans cette région qui compte le plus de campings en France, 45 établissements ont été évacués, représentant environ 40.000 campeurs.
L'incendie perturbe également fortement les transports.
L'autoroute vers l'Espagne est fermée sur 60 kilomètres et le trafic ferroviaire est interrompu au sud de Bordeaux jusqu'à nouvel ordre.
L'armée a été appelée en renfort avec un total de 1.500 militaires mobilisés à partir de samedi soir.
Un pompier arrose de la végétation dans la zone d'un feu de forêt Blagon, à l'ouest de Bordeaux, le 26 juillet 2026 ( AFP / ROMAIN PERROCHEAU )
Dans le Sud-Est de la France, l'incendie dans le Var a de son côté progressé pour parcourir 4.500 hectares au total, malgré la mobilisation des pompiers qui craignent "un risque élevé de réactivation du feu" en raison du vent. Quelque 2.000 personnes ont été évacuées.
Les forêts s'enflamment d'autant plus facilement que la végétation et les sols européens sont très secs depuis des mois, phénomène accentué par les canicules exceptionnelles qui ont traversé le continent en juin et en juillet et fait évaporer davantage d'eau.
C'est bien le changement climatique, causé principalement par la combustion continue du pétrole, du charbon et du gaz, qui rend la sécheresse actuelle plus sévère, ont conclu des climatologues du groupe World Weather Attribution dans une étude publiée jeudi.
"Heures difficiles" en Espagne
Des carcasses de voitures calcinées dans une propriété après un incendie de forêt à Pelayos de la Presa, à environ 65 km à l'ouest de Madrid, le 26 juillet 2026 ( AFP / Oscar DEL POZO )
De terribles incendies font également rage en Espagne, où le Premier ministre, Pedro Sanchez a affirmé dimanche que des "heures difficiles" étaient à venir, mais a noté des évolutions positives dans la nuit dans la maîtrise des feux autour de Madrid.
Il a aussi renouvelé son appel à un "pacte" national pour lutter contre les effets du changement climatique.
Le roi d'Espagne Felipe VI a déploré pour sa part la perte "d'un patrimoine naturel inestimable".
Le feu a fait une première victime : une personne a péri samedi près de Valence dans l'est de l'Espagne, où 15.000 personnes ont été évacuées dimanche pour un autre incendie.
Selon les autorités, environ 60.000 personnes ont été évacuées dans la région de Madrid, confrontée au "pire" feu de son histoire, plus 15.000 dans la région de Valence.
Les flammes déchaînées ont ravagé jusqu'à 25.000 hectares à l'ouest de la capitale espagnole.
À environ 70 km à l'ouest de Madrid, à San Martín de Valdeiglesias, certains habitants portant des masques ont pelleté du sable sur le sol brûlé ou jeté des seaux d’eau pour éviter que le feu ne reprenne.
Un hélicoptère bombardier d'eau en action au-dessus d'un feu de forêt à San Martin de Valdeiglesias, à environ 70km à l'ouest de Madrid, le 26 juillet 2026 ( AFP / Cesar MANSO )
À proximité, des pompiers arrosaient le sol noirci tandis qu'au-d essus d'eux, un avion bombardier d'eau déversait d'épais nuages d'eau sur la forêt fumante, a constaté un correspondant de l'AFP.
La secrétaire générale de la Protection civile Virginia Barcones a évoqué
"un incendie monstre" sur un périmètre de 280 km qui s'étale de la région de Madrid aux provinces d'Ávila (Castille-et-León) et de Tolède (Castille-La Manche) que "l'ensemble de l'appareil d'Etat combat de toutes ses forces", a-t-elle déclaré à la télévision publique espagnole.

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